Être artisan : pourquoi et pourquoi pas ?

Posted by on Mar 13, 2018 in L'Actualité de l'Atelier | No Comments

C’est une remarque que l’on me fait souvent : « je vous envie d’être artisan. J’aimerais moi aussi changer de métier et vivre de ma passion ! »

Quand je dis souvent c’est presque toutes les semaines. Être artisan fait rêver des femmes comme des hommes, de tout âge, de tout milieu, de tout parcours professionnel.

Le plus souvent je réponds que oui, c’est vrai, j’ai de la chance. J’ai eu l’opportunité de prendre un virage professionnel. J’ai quitté un milieu, l’administration, pour lequel j’avais suivi un parcours tout tracé depuis le lycée et dans lequel je me suis laissé porter plus que je ne l’avais vraiment choisi.
Je suis devenu artisan, menuisier ébéniste, parce que je l’ai décidé, je l’ai choisi. J’ai pu faire aboutir ce projet en rejoignant une école d’excellence, qui m’a formé dans les règles de l’art.
Ma femme, ma famille, mes amis : tout mon entourage m’a soutenu dans ce projet.

J’ai pu créer mon entreprise.
Je participe à des évènements au Pays basque, où j’ai mon Atelier, mais aussi ailleurs, comme à Paris.
Des clients satisfaits me recommandent à leurs amis.
Et j’ai même pu prendre quelques jours de vacances cette année !

Alors oui, je le dis : j’ai de la chance !

Mise en scène de BALEA, la planche à découper et à servir par l'Atelier Etienne bois - Made In France

Mon métier, mon indépendance font rêver, mais je vous invite à lire la suite, pour en découvrir d’autres aspects. Certains sont positifs, d’autres sont peut-être moins plaisants, mais ils reflètent tous des facettes de sa réalité !

Être artisan, comme moi ébéniste, c’est pouvoir être au cœur de la création

Et je l’avoue, c’est l’un des aspects les plus plaisants de mon métier !
Dessiner, laisser libre court à son imagination
Choisir les matériaux, rechercher l’essence la plus adaptée au projet qu’on a conçu…
Travailler la matière, la toucher, sentir la fibre du bois sous la main…
Et finalement, voir là, devant soi, en vrai, la pièce que l’on avait imaginée…

Atelier Etienne bois - Ponçage d'une planche

Que ce soit d’ailleurs un meuble, une petite création ou carrément l’aménagement d’un espace. Quand le dernier clou est planté, le dernier coup de pinceau de vernis est passé, le dernier petit élément ajusté et que l’on peut enfin se dire : « ça y est, c’est ça que je voulais »…
C’est tout simplement magique !

Être artisan, ce n’est pas toujours très créatif

Mais si la partie création fait rêver, il faut savoir que, quand on est menuisier ébéniste, on réalise aussi beaucoup de projets « alimentaires ».
J’adore la partie design, mais je dois aussi répondre à des commandes plus simples : une paire de volet, un plancher ou un parquet tout simples…
Dans ce type de projet, il y a peu, voire pas, de place pour la créativité. On laisse la technique s’exprimer.

Calage et pose de lambourdes pour rattraper le faux-niveau de 13 cm

J’aimerais aussi vous dire que, quand on me confie un projet sur mesure, on me donne le plus souvent carte blanche pour le design.
Mais ce n’est pas toujours le cas. Le client peut avoir des envies précises, fait des croquis et attendre que l’on retranscrive en volume ses schémas.
Il a aussi pu faire appel à un architecte qui a fait des plans et a besoin d’un artisan pour les exécuter.

Dans tous ces cas, le travail n’en est pas moins bien fait. C’est simplement différent.
Et cela ne veut pas dire non plus que la relation avec le client ou l’architecte n’est pas bonne, bien au contraire !
J’ai d’ailleurs fait comme cela la connaissance de personnes extraordinaires, particuliers comme designers, dont certains ont ensuite fait appel à moi, cette fois pour mon design et ma vision personnelle !

Être artisan, surtout quand on est chef d’entreprise, c’est beaucoup d’administratif

On ne va pas s’étendre là-dessus mais, vous vous en doutez, je ne passe pas 100% de mon temps à l’Atelier, sur mes chantiers ou dans des évènements.
Une grosse partie de mon temps de travail est consacrée à des tâches administratives pures (j’exclus ici le dessin technique ou la réalisation des projections 3D).

Je dois contacter mes fournisseurs, relancer certains clients pour le règlement, gérer un minimum ma comptabilité, vérifier où en sont mes contrats d’assurance

Logo officiel reconnaissant la qualité d'artisan

Participer à un salon où un événement, candidater à l’obtention d’un label… Chaque projet peut aussi devenir en soi une petite aventure administrative : il faut télécharger le formulaire, le remplir, trouver toutes les pièces demandées (justificatifs d’assurances, synthèses écrite et explicative des projets en cours, des conditions d’accueil sur le corner, etc.) puis le poster… et parfois devoir compléter avec des pièces qui n’étaient pas demandées dans la liste initiale, faire un courrier d’accompagnement, retourner à la poste… Et une fois la validation obtenue, quelque fois devoir continuer les démarches pour finaliser…

Bref, si la plupart du temps ce ne sont pas des démarches très compliquées, elles sont chronophages. Mais indispensables. Mais chronophages !
C’est autant de temps que je ne passe pas à établir un devis, dessiner une nouvelle pièce, réaliser un visuel 3D, ou tout simplement découper les éléments de la prochaine terrasse que je dois poser… Aïe ! Dans moins de 3 jours !!!

Être artisan, dans les métiers du bois notamment, c’est mettre le corps à rude épreuve

Justement, quand on est « dans le jus », on peut faire un tout petit peu moins attention que d’habitude…
Et couic : un doigt qui passe dans la scie !

Pouce coupé - les risques d'être artisan en menuiserie ébénisterie - Facebook

Je vais parler de mon métier, mais tous ont leurs propres risques et leurs propres causes de traumatismes.

J’ai évoqué la coupure : regardez les mains de votre ébéniste, menuisier ou charpentier. Vous verrez peut-être qu’il manque des bouts !
Pour ma part, j’ai eu un petit accident. A l’heure du déjeuner, j’ai quand même voulu finir de découper la pièce sur laquelle je travaillais. Du travail de précision qui aurait surement nécessité un tout petit peu plus de sucre dans mon sang. Un de mes doigts a touché la scie et un petit bout de chair y est resté !
Hôpital, pansement, arrêt de travail…
J’ai eu BEAUCOUP de chance : la blessure était nette et n’a endommagé ni l’os, ni les nerfs. Les médecins ont même utilisé un pansement qui a permis à la chair et aux tissus de se reconstituer. On ne voit presque plus rien.

Si ça, c’est du ponctuel, il faut aussi compter avec les douleurs au dos. Elles sont dues à la manipulation des planches ou de pièces lourdes, à la position accroupie pendant plusieurs heures d’affilée quand on pose un plancher…

Sans oublier les risques pour l’appareil respiratoire. Mon Atelier dispose d’un système d’aspiration des poussières et sciures. Je porte des masques quand je coupe ou ponce.

Être artisan, c'est prendre soin de ses voies respiratoires !

Mais la poussière s’infiltre quand même et je dois redoubler d’attention pour préserver bronches, poumons et autres sinus ! Ce qui implique aussi l’utilisation de spray nasal de manière quotidienne.
Si je m’y astreint, c’est parce qu’au-delà de la gène à court terme, l’inhalation de poussière de bois peut provoquer à long terme des pathologies graves telles que des cancers.

On n’en parle pas souvent mais, pour celle ou celui qui rêve d’être artisan, c’est important de savoir que cela implique certains risques pour la santé, ce que l’on fait subir au corps.

Mais il faut aussi savoir que l’on subit, de l’extérieur.

Être artisan, c’est quelques fois « subir » un certain regard

Vous connaissez ce fameux adage « Apprentissage voie de garage » ?
C’est une réalité dont il faut parler. Surtout si vous voulez être artisan et que vous pensez que tout le monde vous regardera avec admiration pour votre savoir-faire.
Malheureusement, vous rencontrez aussi des personnes qui penseront que vous êtes artisan parce que vous n’aviez pas les capacités intellectuelles de faire mieux

Visuel de cubes - illustration article "être artisan" par l'Atelier Etienne bois, menuisier ébéniste au Pays basque

Pourtant, un charpentier maîtrise des notions de physique pour calculer la portance des structures que bien des personnes n’ont jamais étudiées ou ont complètement oubliées…
Une coiffeuse, surtout si elle est coloriste, fait de la chimie lorsqu’elle opère des décolorations / recolorations, sans quoi, gare aux brûlures du cuir chevelu.

Si l’on réfléchit un tout petit instant, on se rend compte que les savoirs des artisans dépassent la seule dimension manuelle. La composante intellectuelle est tout aussi importante.
Et pourtant…

J’ai aussi le souvenir de cette conversation avec une cliente, qui connaissait mon parcours d’avant l’artisanat ; elle savait que j’avais un Bac+5 en droit et que je m’étais reconverti.
Je prenais des côtes chez elle et elle me parlait du plombier, qui était venu faire une réparation quelques jours plus tôt.
« Je m’étais préparée à avoir une conversation d’artisan avec lui… Et en fait, j’étais impressionnée : il avait beaucoup de culture ! »

Violent, vous ne trouvez pas ?

Déjà, que doit-on entendre par « une conversation d’artisan » ? Parler uniquement de tuyaux avec un plombier ? De copeaux de bois avec un menuisier ?
Ensuite, est-ce que cela sous-entend qu’une « conversation d’artisan » a un niveau intellectuel plus faible ? Pour ma part, si demain je dois parler technique avec une canalisatrice, il y a de fortes chances que je sois très vite largué !
Enfin, est-ce qu’un pâtissier, une électricienne, un maçon est forcément moins intéressé par les livres, le cinéma, les expos ?

Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour qu’être artisan soit vu par l’ensemble de nos semblables comme ayant autant de valeur que n’importe quel autre métier… Mais on y travaille.

Campagne de l'Artisanat.fr - Je Préfère l'Artisanant - Atelier Etienne bois - être artisan - devenir menuisier - devenir ébéniste

Et puis tout le monde ne pose pas un regard dépréciatif sur nous, heureusement !

Être artisan, c’est heureusement souvent bénéficier d’un réel attachement à nos savoir-faire

D’après l’enquête réalisée par l’Artisanat.fr, 9 Français sur 10 perçoivent les artisans comme des travailleurs compétents et soucieux du travail bien fait !
Vous êtes 76% à penser que faire appel à une entreprise artisanale permet une consommation responsable et 31% à faire appel aux artisans régulièrement.
Avec 81% d’opinion positive, nous arrivons en tête des acteurs plébiscités avec le personnel de santé.

Ce n’est pas si mal !

Et cet attachement se ressent tout particulièrement quand on se rencontre, sur des salons, des évènements ou tout simplement lorsque nous travaillons sur vos projets.
Vous êtes nombreux à poser des questions, sur les matériaux, les techniques…
Vous avez aussi parfaitement compris qu’on ne s’improvise pas artisan : on le devient au travers d’une formation.

Page de la Lettre de la Communauté Pays basque sur l'artisanat - Devenir artisan qualifié

En ce qui concerne l’ébénisterie et la menuiserie, l’engouement et réel, et de plus en plus de personnes osent sauter le pas de la reconversion.

On est aussi aidé, il faut l’avouer, par une meilleure mise en avant aujourd’hui grâce à internet et aux réseaux sociaux. Ils nous permettent de communiquer sur nos métiers, et bien souvent, de changer les regards !

Être artisan, c’est avoir un pied dans la tradition et un autre dans la modernité

Etre ébéniste, c’est maîtriser des techniques ancestrales. Des savoir-faire transmis de maître à apprenti sur des générations et des générations.
A l’heure de la découpe laser et de l’automatisation, il est encore de nombreuses opérations que seule la main humaine peut réaliser. Pour réaliser certains vernis ou certaines patines, on utilise des recettes centenaires et qui n’ont, pour beaucoup, que peu ou pas connu d’évolution tant elles sont parfaites.

Dans l’artisanat, il y a cette dimension très empreinte de tradition.
Mais cela ne veut pas pour autant dire que nous sommes déconnectés des nouvelles technologies !

Pour la plupart de mes projets et réalisations, je propose des visualisations 3D. Je réalise toujours des croquis rapides au crayon mais la modélisation 3D a pour avantage qu’elle permet au client de mieux se projeter dans son nouveau meuble ou son nouvel espace.

Cuisine adaptée pour personne à mobilité par l Atelier Etienne bois réduite

Notre communication s’est aussi adaptée : nous sommes nombreuses et nombreux à surfer la vague de la transformation numérique et de la digitalisation.

Pour ma part, j’ai commencé en 2013 avec un budget qui se focalisait sur des cartes de visite et des flyers. Je les déposais dans des boîtes aux lettres, chez les commerçants autour de l’atelier, ou entre les mains d’autres artisans qui travaillaient sur les mêmes chantiers que moi… J’avais aussi payé pour un petit encadré un peu plus grand que le format standard dans l’annuaire papier des pages jaunes.

5 ans plus tard, la transformation est radicale !

Je continue à faire imprimer des cartes de visite, notamment pour l’adapter au nouveau logo.

Nouveau logo et nouvelle identité visuelle de l'Atelier entre tradition et modernité

Mais le reste de mon budget communication est intégralement voué au digital.

L’Atelier est passé d’un simple format blog à un véritable site internet accompagné d’une plateforme e-commerce. Elle est essentiellement active en France mais il y a eu aussi des commandes de l’autre côté de l’Atlantique !

L’Atelier dispose aussi d’une page Facebook et d’un compte Instagram animés avec plusieurs publications par semaine. Ils fédèrent une communauté réelle, active et qui se déplace aussi sur les évènements physiques auxquels je participe.
Autre outil parmi les nombreux mis en œuvre, le compte Twitter @Etienne_bois. Il surtout utilisé pour faire de la veille institutionnelle et partager des infos sur l’Atelier mais aussi sur l’économie de l’artisanat et plus généralement, du #MadeInFrance.

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Tout cela demande du temps et de l’investissement et je ne suis pas seul aux manettes !
Heureusement, j’ai la chance d’avoir pu confier l’essentiel du community management à une professionnelle qui me connaît et connaît l’Atelier par cœur parce qu’elle partage ma vie : ma femme !
Je garde toutefois pleinement la main sur les réponses aux messages et aux commentaires tout simplement parce que je sais que quand vous écrivez, c’est bien avec moi que vous vous attendez à échanger !

C’est aussi justement parce que l’Atelier est très connecté que mes créations et mon travail ont été plus facilement remarqués. Des portes se sont ouvertes, vers de beaux projets sur la toile et d’autres bien concrets !

Être artisan, c’est enfin faire de belles rencontres

D’abord, il y a celles avec les clients, autour de leurs projets. Petits ou grands, chez des particuliers ou des professionnels, intérieurs ou extérieurs, avec ou non une carte blanche, ils sont bien souvent l’occasion de rencontrer de belles personnes, attachées aux artisans et à leurs savoir-faire !

Ensuite, je dois à ma présence sur le net d’avoir rencontré une blogueuse déco des plus inspirée : Clémence André, alias Clem Around The Corner. Elle a d’ailleurs été la première à mettre en avant mon travail en sélectionnant ma lampe Helios dans une de ses listes de Noël autour du Made in France puis en réalisant une très belle interview !
Il y a aussi eu Mathieu Quesada, connu des passionnés de vagues pour son blog salé, Having fun ! Je ne manque d’ailleurs jamais de lui envoyer une petite photo en avant première de mes créations iodées.
Sans oublier, plus récemment, Stéphanie Deschamp de France 3 Euskal Herri, qui a intégré l’Atelier dans le reportage « L’Art d’Oser » réalisé pour France 3 Aquitaine.

Emmanuel Galerne réalisant un plan de l'assemblage d'une planche de surf pour "L'Art d'Oser", un magazine diffusé sur France 3 Aquitaine

Il y a enfin les rencontres lors de salons ou d’évènements.
Avec le public qui veut découvrir les nouveautés ou tout simplement discuter.
Avec d’autres créateurs, avec qui on partage nos difficultés comme nos bons plans ! C’est par exemple lors de l’édition 2017 de Paris en mode Basque que j’ai rencontré Christine Bruniau, fondatrice de Nappe Végétale, avec qui je vais signer plusieurs pièces dans le cadre d’une belle collaboration !
Avec des professionnels, qui ont l’occasion de découvrir dans un cadre « hors les murs » l’artisan et son travail.
Avec des jeunes et des moins jeunes, qui aimeraient être artisans, peut-être, et se posent plein de questions.

Et j’en oublie… !

En conclusion ?

Vous l’avez compris, j’adore mon métier.

Si j’ai pris le temps d’écrire ce billet, un peu long je l’avoue, c’est pour que celles et ceux d’entre vous qui voudraient devenir artisan, et plus particulièrement ébéniste ou menuisier, aient une vision plus complète et peut-être plus pragmatique de ce milieu.

Tout n’est pas rose, mais tout n’est pas noir non plus, heureusement !

Il y aurait encore plein de choses à dire, sur le statut, sur la couverture sociale ou de santé, sur les partenariats… Plein d’anecdotes aussi à raconter, mais je ne vais pas vous retenir plus longtemps.

Merci d’avoir pris le temps de me lire, merci à celles et ceux qui me soutiennent, qui me font confiance, qui me confient de beaux projets.
Si 5 ans après sont lancement officiel, l’Atelier est là, bien ancré au creux des collines basques et continue son chemin, c’est grâce à vous.

Etienne

Coeur en copeaux réalisé par l'Atelier Etienne bois